Edgar Degas, auto-portrait
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Edgar Degas        1834-1917
Le catalogue critique numérique
par Michel Schulman

Degas : la passion vissée au corps à Cambridge

Commencée au Fitzwilliam Museum à Cambridge, l'exposition Degas : A Passion for Perfection se poursuit actuellement au Denver Art Museum. Eternel insatisfait, Degas est-il parvenu à atteindre la perfection ?

Pastel L'examen de danse
L'examen de danse © Denver Art Museum

Le décor de l'exposition est planté. Degas : A Passion for Perfection nous invite à découvrir toute l'originalité du peintre mais encore son ambiguïté. Complexité de l'homme, celle du dandy parisien qui parcourt les champs de courses et côtoie la société hippique argentée qui les fréquente. Attiré aussi par le monde de l'opéra où il retrouve sans doute la même société aux valeurs probablement identiques.

Cette passion pour la perfection était-elle si évidente pour en faire le titre de l'exposition ? Citant Rouart, Jane Munro, la conservatrice des peintures et dessins du Fitzwilliam Museum de Cambridge et commissaire de l'exposition se pose néanmoins la question qui s'exprime par le titre différent qu'elle donne à son introduction : "Degas : A Passion for Perfection?"

Une passion ? Certainement. Nul doute que Degas semblait obsédé par le but ultime de son art. Toujours insatisfait, il remettait continuellement son travail en question, retravaillant ses œuvres, peintures, pastels, dessins et sculptures. Une insatisfaction qui n'échappait pas à son entourage et ses amis : Fantin-Latour, Edmond de Goncourt et Otto Scholderer qui le qualifiaient d'éternel insatisfait.

Bien d'autres aspects sont abordés dans les pages du catalogue de l'exposition. On retiendra l'importante activité du marché de l'art outre-Manche à cette époque fortement marquée par d'actifs marchands de tableaux comparables à Durand-Ruel, notamment à Londres et à Glasgow. On n'oubliera pas aussi les collectionneurs passionnés tels que William Burrell et John M. Keynes qui ont forgé de magnifiques collections publiques et privées dont parle Richard Kendall dans son article Degas and England.

L'exposition ne pouvait évidemment éviter d'aborder des thèmes récurrents chez Degas : les copies de maîtres anciens, la danse, le nu, les chevaux et les courses. Mais on trouve, heureuse surprise ! des paysages dont ceux exécutés en Italie. Le dernier chapitre est consacré à la sculpture. L'article de Victoria Avery souligne que le Fitzwilliam Museum détient les seules sculptures originales de Degas en Grande-Bretagne exécutées dans les années 1880. Dans son article "The Loss of Degas's sculpture during his life time", Victoria Avery revient sur le malheureux destin de certaines sculptures qui se cassèrent ou se désintégrèrent pour des raisons techniques du vivant de Degas.

L'exposition répond-elle à toutes les questions que pose Degas ? Sa passion pour la perfection a-t-elle vraiment été satisfaite ? Ce serait évidemment à l'artiste d'y répondre mais le principal n'est-il déjà de la formuler ouvertement ? On s'étonnera cependant des imperfections de certains dessins de danseuses et de nues mais aussi de chevaux comme dans le Sémiramis du musée d'Orsay. Des imperfections qui ne lui échappaient pas puisqu'il annotait parfois ses dessins pour les corriger.

Degas : A Passion for Perfection. Une exposition qui marquera certainement l'histoire de Degas par la qualité des œuvres exposées et des articles de son catalogue.

Au Denver Art Museum jusqu'au 20 mai 2018. Site Internet : https://denverartmuseum.org/

Publication : 25-03-2018